
Depuis 1987 Claude Dubois tenait au Figaroscope
ladite chronique du Titi et avait publié Des Halles au
Balajo, Apaches, voyous et gonzes poilus, La Bastoche,
En parlant un peu de Paris (Jean-Paul Rocher),
autant de livres consacrés à Paname comme il aime
dire. Plus tard il y aurait Paris gangster et Je me
souviens de Paris.
Rue Saint-Antoine, Claude Dubois est chez lui :
il a vécu toute sa vie dans le IVe arrondissement,
il est allé au lycée Charlemagne. Surtout, ses deux
familles se sont rencontrées dans une vieille maison
du quartier Saint-Paul – l'«hôtel Dubois-Junet
des Courants d'Air», la dénomme-t-il en riant. Sa
grand-mère maternelle y a habité près de soixante
ans, ses parents s'y sont connus.
D'un point de vue parisien, la rue Saint-Antoine
décrite par Claude Dubois est un document
essentiel. Gavroche y croise Jules Michelet, Georges
Simenon côtoie Pierre Goldmann… Fidèle à
son style Titi, Claude Dubois entremêle histoire
personnelle, histoire historique, histoire littéraire,
histoire des faits divers en saupoudrant ses lignes
d'argot quand s'y prête l'anecdote. Bref! Un texte
savoureux, souvent érudit.
Claude Dubois s'apprête à ressortir La Bastoche. Si
l'on y ajoute cette Rue Saint-Antoine, c'est le passé
populaire du Paris s'étendant de la rue de Lappe au
métro Saint-Paul qui, en 2011, sera à l'honneur.
L'identité native du Paname d'il y a quelques
décennies, aux antipodes du Paris
L'Air de Paris est un film de Marcel Carné de 1954.
Une oeuvre qui, aux yeux du grand historien Louis
Chevalier, illustrait au mieux le Paris de ce temps.
Petites gens et gens de la haute s'y croisent, des liens
inattendus s'y nouent. Le film est en noir et blanc,
mais, au Central, la salle du faubourg Saint-Denis
où boxe Roland Lesaffre entraîné par Jean Gabin,
des vertes et des pas mûres tombent du poulailler,
l'Arbre de Vie de l'endroit. L'âme du peuple de
Paris, Paname, quoi.
Aujourd'hui, je reprends L'Air de Paris pour créer
une collection qui a pour objectif de «redonner
un coup de gonfleur» à un Paname «à plat»,
pour argoter un peu. D'instiller du sang neuf à un
Paris anémié en privilégiant l'anecdote et la vie au
détriment de l'histoire figée. L'Air de Paris aimerait
remettre la rue et ses grouillements à l'honneur.
Bref, présenter des textes dont l'esprit épouserait
celui du film de Carné.
Claude Dubois inaugure L'Air de Paris avec La
Rue Saint-Antoine, une rue au passé et au présent
fourmillant d'historiettes, terme cher à Tallemant
des Réaux au XVIIe siècle. D'autres rues, d'autres
quartiers suivront: la rue de Lappe, la rue Saint-
Denis, la rue Mouffetard, la rue Pigalle… La liste
est longue, Paris a du répondant.
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